Journal Graphique N°09 | Céline Wright
Nous avons rendez-vous à 14 h. Avec un peu d’avance, Céline relève le volet métallique de son showroom, nichée en plein cœur de Paris. La tôle se lève et révèle un lieu lumineux, rayonnant, presque inattendu.
À peine le seuil franchi, me voilà plongé dans son univers : les pieds posés sur un sable noir, le corps comme en apesanteur, entouré de suspensions de papier qui flottent dans l’espace.
Le souffle léger d’un ventilateur met en mouvement ces formes magistrales, qui oscillent avec une grâce presque irréelle. Sous mes yeux se déploie une véritable poésie, et tout ce que je découvre est d’une beauté saisissante.
À la découverte du « Washi »
Céline nous parle alors du cœur de toutes ses créations : le washi, ce papier traditionnel japonais dont la blancheur semble ne jamais s’altérer. Elle sourit en nous confiant qu’en Europe, on en ignore souvent les qualités. Pourtant, nous explique-t-elle, ce papier possède une résistance et une translucidité remarquables, qui ouvrent des possibilités presque inattendues.
Pour nous en convaincre, elle désigne l’un de ses luminaires suspendus au-dessus de nous. L’objet déploie une envergure impressionnante de plus de deux mètres, mais pèse à peine cinq kilos. Une légèreté qui semble défier le regard. Elle s’amuse en nous confiant qu’une de ses créations avait résisté aux quatres saisons et même à la neige en extérieur.
À l’écouter, on comprend peu à peu que ce matériau joue avec les apparences : il paraît fragile, presque éphémère, et pourtant il se révèle étonnamment solide. Une délicatesse pleine de force, comme si la souplesse du papier devenait justement ce qui lui permet de durer.
2000 bandelettes de papier, individuellement collées et assemblées à la main
Céline Wright aime rappeler que son travail cherche avant tout à réconcilier artisanat et design. Dans son atelier, chaque luminaire est façonné entièrement à la main. Pour certaines pièces de sa collection, plus de 2 000 bandelettes de papier sont patiemment collées afin de créer cette coque légère et organique.
Le processus reste volontairement simple : ici, l’outil principal est le pinceau. Un choix qui traduit une certaine philosophie. « Faire l’éloge du temps », confie la créatrice, comme une manière d’apaiser nos rythmes de consommation effrénés.
Des créations sur-mesure
La créatrice développe également des pièces sur-mesure, spécialement conçues pour s’intégrer à des projets architecturaux d’envergure. En dialogue avec architectes et décorateurs, elle imagine des luminaires uniques qui s’adaptent aux volumes, à la lumière et à l’esprit des lieux. Une manière pour elle de prolonger son travail artisanal dans des espaces publics et des projets ambitieux. On m’indique secretement que très prochainement, il sera possible d’admirer l’une de ses créations dans l’établissement CIBO, à Dijon, où son univers poétique viendra illuminer l’entrée de ce restaurant.

